Depuis décembre 2025, j'envoie une lettre mensuelle composée de textes personnels inédits, de textes d'auteurs, d'une proposition d'écriture et d'autres petits plaisirs liés à l'écriture et à la lecture.
Vous souhaitez la recevoir ? j'attends votre inscription à annick_brabant@yahoo.com
C'est gratuit.
Joie de la partager avec vous !
Extrait
Et voici les textes reçus en réponse à la proposition d'écriture :
Texte de Annick Nay.
Lignes de fuite
Égrener les heures, au gré d’une lenteur hasardeuse,
Et de pulsations intérieures chaotiques.
Observer les débris du temps révolu.
Son profil Facebook, où lire d'autres lignes de fuite : ICI.
Texte de Françoise Renaud.
Tenir bon
La saison est bousculée, ses frontières mouvantes, ses décors indécis. Est-on en automne ou en hiver ? L’herbe s’est tue mais certains arbres hésitent. Je ramasse des framboises en décembre. J’observe le ciel qui ceint l’horizon et relie la planète au cosmos, à la grande folie de l’espace. Quand vient la nuit, le noir est intense et les étoiles brillantes. Aucune pollution nocturne. Je contemple et cherche à comprendre. Et à chaque fois j’en reviens à la terre, à sa matière qui me reconduit vers la naissance, la famille et mes petits morts. Mon attachement dépend de ce terreau et si le lien venait à se rompre, alors la vie en moi se tarirait. Je ne peux demeurer en suspension comme une paramécie, une hydre, une algue rouge. Il me faut le gras de l’humus sous les pieds, le déversement des feuilles qui frissonnent dans le vent qui balaie les allées. Il me faut la promesse de croissance des légumes, de naissance dans les troupeaux. Tempêtes et gels abîment les ressources. L’eau manque. J’admire les passereaux aux couleurs vives en quête de graines au matin d’hiver et j’écris un poème pour que ça dure, pour que la neige revienne, pour que le ciel s’obscurcisse dans l’éloignement des villes et des humeurs acides. Le poème existe pour rompre le maléfice et sauver la forêt, et si ce lien avec le poème venait lui aussi à se rompre, tout sombrerait dans un trou noir.
Ses sites Internet :
Son dernier livre, Carnet de murmures, est disponible directement auprès d'elle ou en librairie.
Texte de Jacques de Turenne.
Brisée
Je t’avais laissé un message. Un pauvre message pour dire je pense bien à toi — (cette conviction tant doublée d’embarras maladroit : qu’il ne faut pas laisser seul — en sourdine l’impuissance et ses atours familiers, les malgré les pourtant les il faut. Les mots béquilles pour boiter vaille que vaille contre le malheur : elle a fini de souffrir, c’est ça qu’il faut te répéter … comme j’aimerais te prendre fort dans les bras … si je pouvais effacer ta douleur, évidemment … empêcher … faire rempart.)
Tu m’as appelé, quelques heures plus tard, inattendue. Venue te réfugier dans le silence du jardin obscur, loin du chaos des paroles superficielles. Tu me racontes là-bas tes autres ; glissent maintenant à leur tour (peut-être à ta recherche ?) dans la nuit fraîche. Tu baisses le ton. Tu chuchotes presque, une tonalité triste monocorde et étouffée. Tu murmures ta solitude et leur désarroi à contenir comme ils le peuvent l’irrémédiable. Ils et elles ne parlent pas vraiment, ou alors de tout et de rien, un maigre flux sans fin. Encordés à un lointain bruit de mots. C’est comme faire couler un filet d’eau pour diluer le sang de la coupure. C’est ça que je vois : le filet froid et dessous l’entaille inlassable ronge l’explosion rouge aussitôt dissoute par le blanc glacé. Tu racontes encore. La voix rocailleuse et lasse brasse des morceaux de nuit et d’hôpital, une âpreté de trop de fumée mêle images d’enfance revenues et emportées. La voix énonce les mois les semaines les jours et leurs tempêtes : se battre une dernière fois, encore une, tout ce que vous avez labouré à deux de l’héroïsme simple des fins pressenties, redoutées, repoussées à bout souffle, à battements épuisés de paupières, — puis le long désir d’étal — abandonner, renoncer, que tout s’arrête. Le repos et son mirage, enfin.
Je ne sais pas à quel moment la voix, engourdie dans la litanie des journées de lutte et de malheur, assourdie encore pour préserver l’éloignement du reste de la fratrie, je ne sais plus quand elle se brise précisément. Elle craque comme un soulèvement de terre, une faille qui n’aurait attendu que la prochaine onde intime ou l’infime poids de plus, au bout d’une infinie fatigue ; elle s’embrouille se dérobe se morcelle s’affaisse, maintenant déborde et emporte comme la digue éventrée vomit ses entrailles. La voilà arrachement d’eau la voilà boue remous décombres. La voix pleure le cœur de la voix en morceaux la voix balbutie la sœur perdue de l’enfance, la dernière restée avec moi tu sais, et qu’il a bien fallu oui je te laisse partir et qu’il a bien fallu tu me manqueras toujours et si je reste malgré tout c’est sans connaître le comment ni le pourquoi — je ne lis plus ton visage sous ce masque difforme ce n’est plus toi l’abîmée tordue boursouflée l’aimée de toute ma peau toute mon âme j’en lambeaux ronces plaies chairs vives déchiquetées par les lances brûlantes de toi ma toute proche, nous transpercées là clouées mortes dans la boîte que debout demain je ne regarderai pas. Figée. Hagarde. Déchirée de toi ma défigurée ils nous enfermeront pour le feu dernier.
Son blog :
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